Testament d’un condamné à mort*

frantz_fanon_1« Pourquoi écrire cet ouvrage ? Personne ne m’en a prié. Surtout pas à ceux à qui il s’adresse.

Alors ? Alors, calmement je réponds qu’il y a trop d’imbéciles sur terre. Et puisque je le dis, il s’agit de le prouver. […] De partout m’assaillent et tentent de s’imposer des dizaines et des centaines de pages. Pourtant une ligne suffirait. »

Frantz FANON, médecin et essayiste.

Quelle prétention d’écrire et de discourir sur un sujet aussi sérieux et ambitieux que la décadence de la civilisation occidentale.

Qui suis-je pour m’octroyer le droit d’émettre une critique constructive sur ce sujet ?

Ni philosophe, ni théologien, ni psychanalyste, ni historien, ni politologue ou juriste en droit constitutionnel, ni sociologue, ni ethnologue ou anthropologue, ni économiste et encore moins journaliste…

Le journalisme m’a pourtant longtemps semblé la voie la plus judicieuse pour rendre compte de manière objective d’un fait politique économique et social. Je compris, tardivement, que les journalistes avaient d’autre finalité que l’objectivité et le croisement des informations. Ce ne sont que les chantres du capitalisme libéral et de la bourgeoisie, classe à laquelle les plus influents appartiennent.

Ce constat vaut pour les pays développés à économie de marché, car dans le reste du monde des femmes et des hommes risquent leur vie afin de rendre compte le plus objectivement, de la situation politique, économique et sociale de leur pays.

Beaucoup de prétentions pour peu de compétences dans les domaines ou je prétends m’essayer.

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Jean-Pierre Raffarin

Comme notre bon vieux premier ministre « à usage unique » qu’est M. Raffarin (El gringo pour les intimes), je ne suis qu’un mercaticien, en d’autres termes un adepte de cette hérésie venue des Amériques appelé marketing (ou mercatique pour les francophiles).

Cette discipline prisée par les fils à papa ne voulant pas trop surmenés leur pauvre cerveau, occupe depuis prés de deux décennies une place croissante dans la stratégie de l’entreprise. Après que des directeurs marketings ont pris les rennes de grandes entreprises en devenant PDG, les voilà qu’ils trustent les places de gouvernants de la cité.

La politique, depuis la « démocratisation » de la télévision, est plus une affaire de communication que de décision!

En plus de cette tare insurmontable, je suis le fruit de l’orient et de l’occident, le « sang du Nil [pourrait] couler dans mes veines » mais je suis plutôt « un bougnoule » ma tête relève plus « du voleur de bicyclette » que de l’intellectuel engagé politiquement…

Incroyable qu’un « bâtard » de 27 ans ai l’arrogance d’écrire un essai sur le malaise de la civilisation occidentale.

Il est temps pour moi de me libérer de mon complexe d’infériorité pour me jeter dans la meute.

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Avicenne

Fini le temps ou les intellectuels étaient pluridisciplinaires, l’école républicaine a désormais appliqué les bonnes vieilles méthodes industrielles avec le taylorisme, en parcellisant les matières enseignées afin de nous éloigner de la vérité.

De nombreux auteurs m’ont pourtant longtemps rendu stérile. Pourquoi gâcher tant de papiers et abattre tant d’arbres quand on possède l’intime conviction que nous n’apporterons rien de plus à l’humanité qu’un Freud, un Avicenne ou un Darwin. Que notre esprit critique n’est pas aussi aiguisé qu’un Camus, un Césaire ou un Diop!

Certains romanciers et essayistes devraient préserver notre environnement et s’abstenir de publier. Ces livres jetables ou l’auteur flatte son ego en encaissant les euros** tout en fourvoyant le lecteur, m’ont d’abord éloigné du roman, puis m’ont donné l’irrésistible envie de m’essayer.

Je tiens donc à remercier plus particulièrement des écrivains comme Alain Soral pour sa misogynie et sa xénophobie, Amélie Nothomb pour son narcissisme et son égocentrisme, Alain Finkielkraut pour son élitisme et son arrogance intellectuelle. La liste n’est pas exhaustive mais ce n’est pas le propos de l’ouvrage, mais tous à leur manière m’ont aidé à sortir de ma léthargie.

Face à l’arrogance de l’homme blanc judéo-chrétien, je tiens à mon tour à écrire ou plutôt à rétablir certains faits historiques négligés, modifiés ou volontairement oubliés.

« Commencer à penser, c’est commencer d’être miné »***

Tel un DJ armé d’un échantillonneur qui volera chaque moment de vérité d’un auteur dans l’espoir de reconstituer le puzzle.

Cette quête de la vérité sera probablement le travail d’une vie.

Aurai-je le courage d’attendre aussi longtemps? Certains ouvrages mettent en péril mon état psychologique et me donnent l’envie de me supprimer, car le mal est profond. Avant d’avoir le courage de commettre ce péché pour les chrétiens qui m’hébergent, j’ai décidé d’écrire un testament.

Je vous conseillerai donc de vous reporter aux auteurs qui articuleront mon analyse.

Ces derniers vous seront plus utiles que ma pauvre reconstitution et comme pour la musique l’original vaut souvent mieux que la pâle copie.

Quand bien même mes écrits auraient quelque intérêt pour une meilleure compréhension du devenir de notre civilisation, ce message comme celui de beaucoup de mes contemporains se diluera dans la masse. « L’info tue l’info », pour paraphraser Laffer qui lui parlait de l’impôt, nous sommes devenus des consommateurs de masse d’information et nous perdons peu à peu la quintessence de l’héritage culturel de l’humanité.

De plus, l’amnésie et le révisionnisme sont devenus monnaies courantes au nord de l’hémisphère durant cette fin de XXe siècle.

Le roman, aux yeux de certains, aurait peut-être été plus approprié pour la tâche que je me suis donnée, mais je n’ai ni le talent ni l’envie de me soumettre à cet exercice de style. Notre époque ou plutôt le pays dans lequel j’écris ce livre en l’occurrence la France m’offre la liberté d’avancer à visage découvert.

Plus besoin de me cacher derrière un personnage ambigu ou attachant, il est grand temps de prendre ses responsabilités.

L’image, à travers le documentaire, semblerait le meilleur support pour développer ma thèse et de toucher les exclus de l’écrit.

Quant au cinéma, il s’égare le plus souvent, lorsqu’il choisit l’engagement politique en filmant le « réel », car le scénario devient alors une fade reproduction de la réalité.

Seul le documentaire, art mineur en France, atteint cette vérité que les cinéastes européens cherchent tant à filmer, mais qui est si laborieux à saisir et n’apporte que peu de reconnaissance du show-business!

La vérité crue effraie et pour certains, mieux vaut la travestir que l’offrir telle quelle à son public!

Le cinéma, doit nous permettre de nous évader en nous projetant dans un monde imaginaire, passé ou futur. Que les réalisateurs de cinéma laisse le monde « réel » aux documentaristes ou qu’ils changent de métier!

Le propos principal de cet ouvrage est d’apporter quelques clefs de compréhension, afin de mieux appréhender la décadence de la civilisation occidentale, et de mettre fin à ce sentiment d’infériorité que subissent tant d’enfant issu de cette colonisation dé-civilisatrice

 

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Le Mayflower dans le port de Plymouth (1882)

Le Mayflower dans le port de Plymouth peint par William Halsall

Ulcéré, aussi, de vivre au quotidien l’impérialisme américain mais aussi l’arrogance d’un peuple qui a pourtant fondé son état sur le génocide des « natives americans », et sur l’exploitation des Africains, j’ai décidé de rédiger quelques articles afin de
marquer mon engagement.

Ce n’est en aucun cas le procès d’un peuple ou d’une nation, conscient que les fondateurs de cette Amérique puritaine, les « Pilgrim Fathers » étaient avant tout Européens. Ce sont les mêmes protestants européens qui ont fui la misère mais aussi la persécution due à leur appartenance religieuse, qui ont reproduit les mêmes schémas idéologiques de persécution parfois au nom de leur foi religieuse.

Le savoir est une arme, il régit les rapports de domination dans nos sociétés ce qui engendre cette stratification infâme. Chaque discipline possède son propre vocabulaire ainsi que de nombreux néologismes qui servent de gardien du temple du savoir.

Pourquoi vulgariser une discipline alors que cela réduira le pouvoir de domination que les détenteurs possèdent sur les ignorants ?

Je m’imposerai donc de privilégier le fond à la forme, en négligeant parfois le style (et les figures de style), afin de faire preuve de pédagogie et pour finir contrairement à un journaliste je prendrai parti.

Vous ne voyagerez sur aucune île imaginaire mais l’utopie sera présente, celle d’un autre monde ou chacun vivra en paix avec son voisin qui ne sera plus un étranger mais une partie de lui-même et tout cela en harmonie avec son environnement.

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* Extrait de Testament d’un condamné à mort, Mehdi From Baghdad, Paris.

** Introduction écrite durant l’été 2001 , le franc avait cours en France, pour la rime l’euro était fort utile.

*** Albert Camus, Le mythe de Sisyphe, Gallimard, Paris, 1942.

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